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ADOCHINE

BIENVENUE SUR ADOCHINE

le 15/10/2008 à 18h37
 

(photo : F.Pauchot, alias Bsf. Extrait de la série "Nouvel an" sur Zhulinqixian)

 

 

Bonjour à tous et bienvenue sur ADOCHINE, le blog du club éponyme au lycée Chopin.

 

Un concours de dessin sur le thème de l'écriture chinoise est lançé pour les élèves de collège et lycée en section chinois : LIRE DANS "informations en direct"

 

 

 

 

"NOUVEL AN" : nouvelle catégorie sur zhulinqixian.

 

"VOYAGE 2011":photos et textes sur ce blog.

 

"LA YINGHE" : errances et rêveries chinoises...

 

VOYAGE 2010 :


LES PHOTOS ET ARTICLES SONT SUR LE BLOG :


 



 



http://beijingyiling.skyrock.com


 



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 EXPOSES SUR YIN-YANG : a suivre sur

zhulinqixian, nouvelle série "yinyang for everybody"

 

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_ ACCES direct  pour le blog ZHULINQIXIAN (Another BSF's blog):

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Adochine a pour vocation de mettre la culture chinoise à la portée de tous au lycée.

Cet atelier est le prolongement des cours de chinois LV3 au lycée mais il est destiné bien évidemment à toutes celles et tous ceux qui ne sont pas inscrits en chinois (qui parfois auraient aimé…) et qui souhaitent découvrir cette culture ou tout simplement passer un moment plein d’un ailleurs… Toutes personnes du lycée, élèves, surveillants, enseignants etc… mais sans perdre de vue que les élèves en sont le public prioritaire, comme en témoigne d’ailleurs le nom de l’atelier.

 


   Bienvenue à tous………………………………. 

………………………………. 


LES CHINOIS VONT-ILS NOUS ENVAHIR ?

 

(première partie)

 


La question est racoleuse en diable ! Lâchement utiliser les techniques des marchands de peur pour essayer d’avoir du monde à Adochine… En vain… C’est tant mieux car les anxieux qui seraient venus là pour avoir un réponse à cette question auraient été bien déçus… il n’y a aucune prétention à répondre à cette question.

En préambule, citons cette histoire de Zhuangzi, penseur chinois de la période des Royaumes Combattants, qui à vécu à cheval sur les 4° et 3° siècles avant Jésus-Christ.

" Zhuangzi et Huizi se promenaient le long de la rivière Hao, et en franchissant le pont, Zhuangzi s’arrêta et plongea son regard dans la rivière et dit à Huizi : Regardez ces poissons comme ils nagent à l’aise et sans entraves dans l’eau ! C’est cela le bonheur des poissons ! 

Huizi dit : Mais ! ? Vous n’êtes pas un poisson, comment pouvez vous connaître le bonheur des poissons ? 

Zhuangzi : Mais ! ? Vous n’êtes pas moi, comment pouvez vous savoir que je ne sais pas ce qu’est le bonheur des poissons ?

Huizi : Je ne suis certes pas vous, mais je constate que vous n’êtes pas un poisson et que par conséquent vous ne pouvez pas connaître le bonheur des poissons !

Etc… etc…Les voilà partis dans de beaux raisonnements, un " débat " philosophique, logique plutôt… Car la sagesse, c’est Zhuangzi qui l’a, pas Huizi. Ce dernier est un logicien, un rhéteur, un beau causeur… C’est ce que raille Zhuangzi dans ce texte : l’incapacité des " brillants intellectuels " à être sensible à des réalités qui dépassent le langage, car être empathique avec les poissons, comme Zhuangzi, ne s’explique pas…. Car ce ressenti là, cette fusion avec la nature, avec l’autre, qui est le propos de Zhuangzi, est bien différent des brillantes diatribes de Huizi qui lui… ne parle jamais des poissons ! ! !

Quel rapport avec notre thème ? Il est clair : quand on pose la question " les chinois vont-ils nous envahir ? ", le thème central de cette question, c’est NOUS. Or nous sommes ici pour parler des chinois, car, à la manière de Zhuangzi, nous avons la capacité de fusionner avec ce qui nous est " étranger ".

Les chinois vont nous " envahir " touristiquement, économiquement, militairement ça me parait impossible. Bien sûr " ils bouffent l’Afrique ", délocalisent des chaînes Airbus, etc… Bien sûr ils ont la bombe, mais la bombe est une arme stratégique et sur le plan tactique, là, les chinois sont dans les choux. Mais ce que nous allons envisager maintenant, c’est le fait que traditionnellement, les chinois ne sont pas un peuple agressif (note 1 : remarque de Solène sur le Tibet)

Les chinois firent la guerre, c’est sûr. Moins pour étendre leur territoire que pour " s’unifier " (1) (guerres de la période des Royaumes Combattants : 486-211 avant Jésus-Christ) Ensuite, quand la Chine a eu son étendue " traditionnelle ", il ne s’agissait plus que de guerres de défense ou préventives contre les peuples de la steppe, au nord (2). Quand bien même ils menaient des expéditions jusque en Asie centrale (3), c’était pour tenter des alliances avec ces peuples pour prendre leurs ennemis " de toujours " en tenaille : on voit qu’il y avait toujours un mouvement centripète et non centrifuge. Le plus extraordinaire est la façon dont la Chine a gagné la Mandchourie (4).

Au début du XVII° siècle, les peuples de cette région à peu près autonome se rassemblèrent pour former la nation Mandchoue. Et, à la faveur du chaos social qui régnait en Chine à cette époque (fin de la dynastie Ming) ils réussirent à l’envahir et la soumettre à leur pouvoir (dynastie Qing). Et, comme les mongols au XIII° siècle, ils s’installèrent en Chine ! Toujours ce mouvement centripète. La Mandchourie devint donc une province chinoise : la Chine a gagné la Mandchourie non pas par agression (yang) mais par défaite (yin) ! ! !

Toujours, la Chine s’est préoccupée de son intégrité et non de son influence sur le monde. Car pour les chinois, cette influence ne peut se faire sentir que par la magie du Wuwei (non-agir taoïste). Sentir, et non imposer… La Chine se préoccupait de son intégrité, c’est à dire de son modèle culturel qu’elle n’a jamais cherché à imposer… sauf au Tibet. Mais il ne faut pas oublier, ce pourrait être un sujet ultérieur, combien la Chine a sur se laisser influencer (yin)…

Mais nous ? La statue de la Liberté résume notre attitude : à l’origine commandée par la compagnie du canal de Suez, elle symbolisait l’Europe qui, triomphante et impériale (la couronne), avec son savoir (le livre qu’elle tient) va éclairer les " sauvages d’orient " !

Le sauvages ? Au XV° siècle, l’empereur Yongle (3° souverain de la dynastie Ming) ordonna des expéditions maritimes qui mèneront la marine chinoise jusqu’au Mozambique !

Tiens ? les chinois avaient une marine ? " s’étonne monsieur Dupont. Et pour sûr, ils pouvaient en avoir une ! Les chinois ont inventé le gouvernail d’étambot, la cloison étanche, la boussole, la navigation hauturière et autres progrès décisifs pour la marine. Et cela bien des siècles avant les occidentaux.


Alors comment se fait-il qu’un peuple aussi ingénieux, aussi " moderne ", aussi puissant et riche que la Chine n’ait pas imposé son modèle au monde alors que nous, les occidentaux qui avions (et avons) tant de choses à apprendre des chinois, nous l’avons fait ?


LES CHINOIS VONT-ILS NOUS ENVAHIR ?

 

(2° partie)
 
(photo : sphères de jade concentriques... Un exploit artisanal bien dans la manière chinoise ! Ph.bsf)


 

Tout est une question de rapport au monde, à la Nature.

Les chinois furent de grands " savants ". Pas au sens de nos érudits très cartésiens : les scientifiques chinois anciens étaient aussi des poètes. Tout est lié en Chine, pas de cloisons comme chez nous. Et il demeure que les chinois ont fait des observations et des découvertes scientifiques exceptionnelles et ce, des siècles, voire des millénaires avant nous. Par exemple, la première fois que fut observée une supernova (étoile géante qui explose à la fin de sa vie) en occident, ce fut le fait de Tycho Brahe, un astronome danois, en 1601. Les chinois ? A la fin de la dynastie Han (début du troisième siècle de notre ère) les chinois en avaient déjà répertoriés plus d’une dizaine ! ! !

Nous discuterons plus tard du pourquoi de cette observation très méticuleuse de la nature et particulièrement du ciel par les chinois. Mais retenons ceci :

Les chinois furent les premiers à comprendre que le soir, le soleil ne " disparaissait " pas, qu’il " passait en dessous " pour réapparaître le matin. Et que donc, seul le soleil émettait (yang) de la lumière alors que la lune était un astre yin, qui reçoit la lumière du soleil. (Cette découverte est importante pour le développement de Yin-Yang)

Ils ont découvert le " vent solaire " : c’est à dire qu’ils ont été les premiers à percevoir que la traînée, la " chevelure " des comètes n’avait aucun rapport avec le déplacements de ces astres mais indiquaient la direction opposée au soleil. Les comètes ne sont plus considérées comme de simples astres yang " qui se déplacent à toute allure " mais aussi comme des objets qui " reçoivent " (yin) une force émanant du soleil (le " vent solaire ", découvert en occident au XX° siècle ! ! !) alors que cette force n’est pas palpable sur terre. Ils en ont également déduit que le ciel était VIDE ! Ce qui montre leur formidable talent visionnaire, précisément, percevoir l’invisible.

Et le soleil lui-même ? Il est représenté avec un trait en son milieu. Qu’est-ce ? Il est certain aujourd’hui qu’il s’agit des taches solaires. (" Taches " noires qui apparaissent à la surface du soleil pour des raisons bien compliquées…) Les chinois ont pu les observer grâce au " vent jaune " : lorsque le vent soulève, en Chine du nord, le limon très fin du " plateau de Lœss ", le ciel ainsi " pollué " se comporte comme un filtre qui rend aisée l’observation directe du soleil et, quand celui-ci est grossi sur l’horizon au couchant, il est possible de distinguer les taches solaires.

Oui, et alors ? Les chinois ont conçu un objet d’art (cf : photo en début d’article) : des sphères de Jade concentrique (le même cœur…) enfermées entre elles. Au-delà de la performance artisanale (6 mois de travail m’a répondu l’ouvrière qui en polissait une), ce qu’il représente, c’est la continuité des formes à différentes échelles. C’est à dire que la forme du ciel se retrouve à l’échelle d’un pays, d’une ville, d’une maison, . .. de l’être humain.

Ainsi, si les " taches solaires " relèvent de la plus grande sphère, comment les perçoit-on à l’échelle humaine ? Ceci, vous le savez !.. ;

…Lundi matin, vous arrivez au lycée, il est huit heures et vous croisez une amie dans le hall et lui dites " Salut ! Ca va ? " et elle vous répond " Oui ! Oui ! …ça va… " avec le sourire. Vous vous arrêtez, la regardez dans les yeux et dites : " Toi… ça va pas du tout !… Qu’est-ce qui s’est passé ce week-end ? " Vous avez vu les taches solaires ! " Oui ça va ", le sourire, c’est éblouissant comme le soleil, mais un " vent jaune ", votre sensibilité, vous a fait voir les taches… Si j’affirme que la science chinoise ne se préoccupe que de votre moral le lundi matin, j’exagère à peine ! Toujours, les chinois ont observé le ciel et la nature (pour les chinois, " ciel " et " nature " se confondent) pour y repérer les paradigmes de règles morales, psychologiques, humaines, dont ils cherchaient la manifestation universelle, dont ils cherchaient non pas la preuve, mais simplement l’évidence naturelle. Ils ne cherchaient pas à comprendre le monde, encre moins à l’expliquer. Ils sont simplement attentifs à. Votre ami(e) est simplement touché(e) de ce que vous avez été attentif, attentive à, et se fout pas mal que vous lui " expliquiez " ceci ou cela…

Et les européens ? Nous avons aussi observé le soleil… mais, nous ne comprenions pas comment il pouvait brûler depuis si longtemps sans avoir épuisé son " carburant " (Hydrogène, Hélium, etc…) Lorsque Henri Becquerel découvrit à la toute fin du XIX° siècle ce qu’on appellera plus tard la radioactivité, - la capacité de noyaux atomiques de se désintégrer ou de fusionner -, on put élaborer les modèles théoriques de la fission nucléaire et de la fusion thermonucléaire, Einstein démontre que E= mc2, … le tour est joué : nous avons compris comment fonctionnait le soleil, il ne " brûle " pas, il est animé par des réactions de fusion thermonucléaires. Génial, on a expliqué ! Et ceci nous a menés à concevoir, mettre au point, et fabriquer l’arme nucléaire

Alors, éblouis par notre génie scientifique (la torche de la statue de la liberté, et là, on ne perçoit guère de taches solaires !), les occidentaux se sont sentis animés d’une "générosité " sans pareille : éclairer le monde ! Et si par malheur, on rencontrait quelque résistance, pas de soucis… on a la bombe ! Que peuvent les chinois contre ça, quand ils " n’ont que " le naturalisme taoïste à y opposer ?

Au XIX° siècle, la Chine humiliée et ruinée par les occidentaux, s’est lancée, malgré la résistance conservatrice (note 2), dans la course à l’occidentalisation pour relever le " défi " Certains discours de Mao sont d’ailleurs très révélateurs de cette volonté de " rattraper un retard "… Quel retard ?…….

Ainsi, si la Chine se lance dans la compétition impérialiste… à qui la faute ?

 

(note 1) : Solène fait remarquer que les chinois ont une attitude particulièrement brutale et agressive au Tibet. C’est une excellente remarque et sensible même. Mais, en 1959, la Chine ne ressemble plus vraiment à celle qu’elle était autrefois !

 

(Note 2) : L’impératrice douairière Tseu-Hi (cixi), qui s’empara de fait du pouvoir de 1862 à 1908, date de sa mort, parlait de la " chose barbare " (la science occidentale) et des " valeurs éternelles et immuables de la Chine " qui sont en réalité celles de la Nature. Je ne défends pas cette usurpatrice assassine et retorse, amoureuse du pouvoir (" les femmes en politiques sont des hommes politiques comme les autres " a dit je ne sais plus qui) et certainement très éloignée de la sagesse d’un Zhuangzi, mais ce discours-là, n’est il pas pertinent ?

 

LES FONDEMENTS DE L’ECRITURE CHINOISE


OU " Pourquoi des milliers de caractères plutôt qu’un simple et efficace alphabet ? "

 


(première partie)


 

L’écriture chinoise est apparue pendant les trois derniers siècles de la dynastie Shang. On considère généralement que cette écriture était formée au XIII° siècle avant Jésus-Christ.

Ceci n’en fait pas l’écriture la plus ancienne, car les sumériens (écriture cunéiforme) et les égyptiens (hiéroglyphes) écrivaient déjà depuis longtemps à cette époque. Mais à le différence de ces deux dernières, l’écriture chinoise est encore en usage, ce qui en fait bien l’écriture la plus ancienne qui soit encore en usage aujourd’hui.


Mais pourquoi les chinois, un peuple aussi ingénieux et méthodique, n’a-t-il pas cru bon, au moment où ils se préparaient à écrire, d’utiliser une chose aussi judicieuse et efficace qu’un alphabet ? Car il faut bien le dire, la langue et l’écriture chinoises sont effectivement bien étranges ! Ils fonctionnent tout simplement à l’envers des autres langues…

Car il faut bien le dire, la langue et l’écriture chinoises sont effectivement bien étranges ! Ils fonctionnent tout simplement des autres langues…
Comment fonctionne une langue ? Il y a des graphies. Par exemple " VETEMENT ". Ces signes successifs et déroulés sur un axe gauche-droite, sont ce que le sinologue français Léon Vandermeersh désigne par " signe de signe " ou " signe au second degré " : en d’autres termes, ils sont vides de sens.

La preuve. Ecrivons " VOSS " : il nous est possible de lire ce mot sans la moindre difficulté mais… que signifie-t-il ? Une graphie alphabétique ne contient pas d’éléments graphiques porteurs de sens. Un expérience révélatrice a été menée par des psychologues : ils écrivaient sur un tableau les mots " train " et " anticonstitutionnellement " et demandaient à des enfants non lecteurs (3 à 6 ans) : " Quel mot est le mot " train " ? " La réponse est unanime : C’est le second car il a la forme d’un train, à savoir très long. Quelle déception pour eux ! Il n’y a aps d’éléments graphiques dans nos mots qui sont porteurs de sens. Et nous qui VOYONS ce mot " VOSS ", nous ne le comprenons donc pas. Seules les personnes qui ont déjà ENTENDU ce mot peuvent le comprendre ! Ces personnes sont essentiellement norvégiennes : Voss est une petite bourgade de là-bas… Léon Vandermeersh dit, pour parler une autre sorte de chinois, que c’est " le mot de la langue orale qui est porteur de l’opérativité sémique, c’est à dire la capacité de renvoyer au référent extra-linguistique " Cela signifie que lorsque nous lisons, le décodage de la graphie nous renvoie à l’évocation du mot de la langue orale qui est seul porteur de sens. Une graphie n’est qu’un code, elle est en rupture avec l’objet qu’elle désigne.

Et le chinois ? Imaginons monsieur Dupont, respectable citoyen français, qui se rend en Chine et qui ne parle ni ne lit un mot de la langue. Il a néanmoins acheté " par hasard " un lexique français-chinois avant le départ. Une fois arrivé à Pékin, il est confronté à la nécessité de s’acheter d’urgence des… vêtements.

Son lexique lui indique que " vêtement " se prononce YI. Rassuré par la simplicité du mot et s’adresse à une hôtesse d’accueil d’un grand magasin. Mais, déception, celle-ci ne comprend rien de ce " yi " répété par monsieur Dupont. Et pour cause ! Selon le " Gudai hanyu zidian ", la syllabe Yi renvoie à presque 200 caractères différents ! Ajoutant à cela que de nombreux caractères chinois sont caractérisés par une plus ou moins grande polysémie, on note pour ce dictionnaire la bagatelle de 457 définitions différentes pour la seule syllabe YI. Ce " yi " répété avec insistance et dépit par Mr Dupont, n’a aucun sens pour l’hôtesse chinoise.

Mais voilà que Dupont a une idée ! Il ouvre à nouveau son lexique et avec sa plus belle plume écrit le caractère qui correspond à " vêtement ". Et là, notre hôtesse peut enfin faire son travail et indiquer au touriste français là il peut trouver des vêtements… C’est donc bien, en chinois, la graphie qui est porteuse de sens, de " l’opérativité sémique " et non le mot de la langue orale : le chinois fonctionne donc bien " à l’envers " des langues alphabétiques.

Et pourquoi cela ? Retournons à l’origine de l’écriture chinoise, dynastie Shang….

 

(A suivre)
LES FONDEMENTS DE L’ECRITURE CHINOISE (2)

 

(deuxième partie)

 

Ce sont les devins qui ont inventé l’écriture chinoise. La divination est fort méprisée dans notre monde cartésien, positiviste, rationnel. C’est sûr que si " madame-soleil.com " n’est peut-être pas sérieux, la divination fut autrefois LA connaissance, elle correspond à un savoir immense et remarquablement subtil.

Qu’est-ce que la divination ? Percevoir des signes, les liens invisibles qui existent entre les éléments du monde qui nous entoure. Lorsque la connaissance accumulée par les devins au fil des générations devint énorme, se fit sentir le besoin de noter tout cela. D’écrire

Alors, la question qui se pose est la suivante : Comment un peuple aussi ingénieux et pragmatique que les chinois n’a-t-il pas cru bon, au moment où il se prépare à écrire, de mettre au point une chose aussi judicieuse et efficace qu’un alphabet ? C’est précisément la nature divinatoire des pratiques qui fournit la réponse !

Les chinois ont représenté le soleil, les arbres, le souverain, etc…. Car la représentation, comme une statuette, contient l’âme, ou plutôt le Qi, le souffle vital de la chose désignée. Ainsi, dans ce type d’écriture, les liens invisibles qui lient les réalités entre elles continuent d’exister dans l’écriture ! C’est un point fondamental : le caractère chinois est indépendant du pouvoir humain, de la langue orale, des noms qu’on peut leur donner. Il est autonome, libre et vivant.

Mais s’il est coutume de dire que les chinois dessinent et qu’ils ne codifient pas avec un alphabet, nous allons voir que ceci est plus subtil qu’il n’y paraît. Voyons le cas de l’arbre et du soleil. (voir photo. Deux première lignes)

L’arbre : si nous le dessinons, c’est comme sur le dessin à gauche de la ligne verticale, en haut : le feuillage, le tronc, et ce trait qui parque le sol… c’est à dire la limite du visible. Nous ne dessinons que ce que nous voyons.

Comparons avec le premier caractère, à droite de la ligne verticale : c’est le caractère " arbre " tel que l’écrivaient les chinois il y a 3500 ans. Si on reconnaît sans peine le tronc et les branches, force est de constater que les chinois représentent également les racines, c’est à dire l’invisible ! Les branches, c’est l’attitude yang de l’arbre et ses racine son penchant yin. C’est le génie chinois d’avoir perçu la réalité du yin. D’avoir perçu l’invisible et de le représenter.

Le soleil : si nous le dessinons, c’est un disque qui darde ses rayons. Nous dessinons ce qui est éblouissant. Les chinois ? Ce disque aplati avec un trait au milieu.

Aplati, car il s’agit du soleil posé sur l’horizon, le soir, lorsque l’atmosphère se comporte comme une loupe qui grossit l’image du soleil et en déforme le disque. Et c’est précisément à ce moment de la journée, avec l’effet conjugué du " vent jaune " qui rend le ciel épais et opalescent, que les chinois ont peu observer les fameuses taches solaires évoquées plus haut (" Les chinois vont-ils nous envahir ? "). Les taches solaires, encore l’invisible !

Les chinois font donc bien mieux que dessiner ! Ils représentent à al fois le visible, les contours, mais aussi ce qui est invisible, non seulement le yin, mais aussi le vide, le " vide médian ", bref tous ces éléments subtils qui animent une réalité quelle qu’elle soit dans son existence, son devenir, son activité intime en résonance avec l’univers.

( a suivre)

YIN YANG

le 29/11/2008 à 21h15

YIN YANG


 

Bonjour à tous !


 

En ce qui concerne Yin et yang, l'exposé de jeudi n'est pas encore prêt sur ce blog, mais vous pouvez lire des textes à ce sujet dans la catégorie "YIN YANG and the city" sur un autre de mes blogs en cliquant sur le lien ci-dessous :


 

http://zhulinqixian.bloxode.com

Une série plutôt longue...


 

patience....


 

Les autres catégories vous sont ouvertes également, bien sûr...

Bols tibétains-After

le 14/12/2008 à 17h02
BOLS TIBETAINS
 
(photo : un plafond de la cité interdite. Le rond (yang) circonscrit dans le carré (yin). 20 personnes en rond dans une salle carrée. Un yang discret qui se développe dans le mystère, protégé et délimité par le yin. sans éclat, rien qu'un bonheur intérieur.
Photo : bsf)

 

Une salle de classe c’est carré ou rectangle (le carré est un cas particulier du rectangle) : le carré, c’est la forme de la terre selon la cosmologie chinoise. C’est donc yin.

Le yin, c’est l’espace (la terre) et l’espace sépare : c’est le sens du caractère huit (ba) en chinois, le plus grand chiffre pair : séparer, faire un angle droit comme dans un carré. Un carré a 4 côtés… donc pair. Le carré sépare : dans une classe, il y a les élèves et un prof. Et peu d’espace est laissé pour que les élèves soient unis.

Le rond : le rond est l’image du ciel, yang. Le rond n’a pas de rupture, il est continu comme le temps, comme ce qui dure : la mémoire, l’amitié, l’amour, le voyage, la passion, la détermination. Il est uni, unique, il est un, l’unité. Il unit. Le yang c’est les chiffres impairs, car les chiffres impairs c’est (2x)+1. Ce 1, n’est pas la cerise sur le gâteau, c’est ce qui fait l’unité.

En rond, nous avons réalisé l’unité d’un groupe, de notre groupe, unis par les sons des bols et la lueur de la bougie.

Le silence a été remarquable. Le silence, il faut l’oser et vous l’avez osé.

Tourner le bâton sur le bol. Chacun l’a fait avec plus ou moins de succès. Cela viendra. Mais comment enseigner cela ? Il faut s’y refuser, c’est chacun qui le sent. Un texte de Zhuangzi (auteur taoïste du IV°/III° siècle avant Jésus-Christ) raconte l’histoire d’un artisan qui explique que son savoir, ainsi que tout vrai savoir né de la pratique et de l’intuition, ne peut se transmettre par les mots. D’ailleurs, cet artisan était un charron (qui fabrique des roues de charrettes) : un objet rond lui aussi… D’ailleurs, que pouvons nous dire de cette expérience en elle-même ? Peut-être sommes nous plus bavards sur le moment qui suivit, dans l’après-midi… est-ce que quelque chose a changé en vous ce jour là, même pour quelques minutes ?

Notre silence, c’est le vide. Comme le vide à l’intérieur du bol. Ce vide d’où nous nés les sons qui nous enveloppaient et nous pénétraient. Vibrations du métal, vibrations des sensibilités de chacune et chacun.

Voudriez-vous recommencer ? On peut envisager de le refaire autant de fois que vous voulez, éventuellement d’autres jours (jeudi à la même heure ?)

Nous serons heureux d’y accueillir de nouvelles personnes, je crois.

la légende de Meng Jiang

le 11/01/2009 à 09h30
LA LEGENDE DE MENG JIANG
La légende de Meng Jiang est une légende chinoise a fort contenu politique : elle est une charge virulente contre le régime de la dynastie Qin (-221, -206) de l’empereur Qin shihuangdi. Elle est aussi pleine de symboles, nous verrons ceci plus tard.

(Résumé du chinois par FP d’après le texte de LI Min (李旻) dans 紫禁城传说 Zijincheng chuanshuo (" La légende de la cité interdite ")
" Dans le village de Meng, vivaient Meng et sa femme. Ils atteignirent la cinquantaine sans jamais avoir eu d’enfants et ils maudissaient le ciel pour les avoir privés de ce bonheur.
Un matin, alors qu’il ouvrait une fenêtre de sa maison, Meng vit venir une pie qui déposa une graine sur le bord de la fenêtre, lança un cri vers lui puis s’enfuit dans le ciel. Intrigué par ceci, Meng creusa un trou dans le jardin pour y placer la graine et l’y faire pousser. Chaque jour, il prit soin de mettre des engrais, d’arranger la terre et d’arroser. Ainsi, la plante développa rapidement ses sarments et au printemps, elle atteint le toit de la maison et s’étendit même jusque sur le toit de leurs voisins, la famille Jiang.
La famille Jiang connaissait le même sort que les Meng : parvenus à l’âge où une femme ne peut plus procréer, ils n’avaient pas eu d’enfants et, comme leurs voisins, ils maudissaient le ciel de ce fait.
Un jour, il poussa tout en haut de l’arbre une calebasse de taille assez importante. Meng monta sur le toit pour la cueillir, mais il y rencontra Jiang qui avait la même intention. Ils avaient tous les deux le même désir ardent de la posséder, se disputèrent, et ils décidèrent de se rendre chez le fonctionnaire local dans son yamen pour que celui-ci tranche l’affaire. Le fonctionnaire écouta les deux partis et dit : " C’est très simple ! Il suffit de couper la calebasse en deux et chaque famille aura une moitié ! " Il prit son couteau et trancha la calebasse en deux parties. Lorsque celle-ci fut ouverte, on découvrit qu’à l’intérieur se trouvait une petite fille pâle et joufflue, toute recroquevillée. Meng et Jiang remercièrent le ciel de leur avoir enfin apporté l’enfant qu’ils désiraient tant ! Mais bien sûr, la dispute reprit de plus belle et le fonctionnaire déclara : " C’est tout aussi simple ! Je vais couper cette fillette en deux, chaque famille aura sa moitié ! " Il leva son couteau mais les deux hommes lui crièrent d’un même élan de s’arrêter et de laisser la vie sauve à la fillette. Le fonctionnaire déclara alors : " Et bien voilà ! Vous avez trouvé la sagesse ! Ce sera la fille de vos deux familles. Et comme vous appelez l’un Meng et l’autre Jiang, elle s’appellera Meng Jiang ! " Les deux hommes revinrent à la maison en portant Meng Jiang avec tendresse, fiers d’annoncer la bonne nouvelle !
Les deux familles élevèrent la jeune Meng jiang comme une perle précieuse. Avec les années, ils lui enseignèrent la peinture et l’écriture. Elle se révéla brillante et intelligente et il n’y avait rien qu’elle apprenait où elle n’excellât. A 8 ou 9 ans elle savait peindre et composer des vers. Vers 15 –16 ans elle était devenue de surcroît infiniment belle.
A la majorité, bien sûr, on pensa la marier. Mais les deux familles ne désiraient en son futur mari ni le brillant statut des eunuques, ni même leur richesse, simplement la grandeur d’âme, l’éducation et la raffinement artistique. Pour ces raisons, ils déclinèrent même la demande en mariage du premier ministre Li Si, à la grande stupéfaction de celui-ci !
Les familles Meng et Jiang savaient que dans la famille Fan était né un brillant et beau garçon du nom de Fan Xiliang, érudit et raffiné. Mais en ces temps difficiles, le tyran Qin Shihuangdi avait lancé sa politique de persécution des lettrés confucéens et l’autodafé des Livres Classiques. Se sachant menacé, Fan Xiliang s’enfuit de chez lui, de peur d’être déporté sur le chantier de la grande muraille d’où personne ne revenait vivant. Un soir, Meng Jiang était dans son jardin et entendit du bruit dans l’obscurité : un homme avait pénétré par l’arrière… Un voleur ? … Elle pensa appeler mais le mystérieux intrus, qui n’était autre que Fan Xiliang lui chuchota de ne point faire de scandale, lui déclina son identité et l’enjoint de l’aider, de lui sauver la vie. Compatissante, Meng Jiang protégea le fin lettré ainsi réduit à l’état de fuyard. Dans la nuit, ils ne purent connaître leur visage respectifs, ce qui ne les empêcha point de devenir aussitôt amoureux.
Les noces furent vite préparées. Le jour dit, Meng Jiang se para de sa plus belle robe, fut merveilleusement coiffée et se maquilla avec grâce. Elle monta dans le palanquin pour se rendre chez Fan Xiliang, son futur époux dont elle n’avait toujours pas vu le visage.
Alors qu’elle était en route, dans la belle-famille on ripaillait déjà avec joie et entrain. Tout à coup la porte s’ouvrit : un homme de main du pouvoir local saisit Xiliang et l’enleva. Tout le monde savait qu’il partait en déportation sur le chantier de la grande muraille… lorsque Meng Jiang arriva, elle apprit la nouvelle et pleura sans retenue. Elle écrivit au fonctionnaire local, attendit des jours, des semaines, des mois…. Sans réponse.
L’hiver approchait, Meng Jiang réalisa alors que son mari Xiliang ayant été enlevé au printemps ne portait qu’une chemise légère, et elle pensa au climat glacial qui règne là-bas, tout en haut de la plaine du Nord. Elle prit un épais manteau et se mit en route pour rejoindre Xiliang et le lui donner. Ce n’était pas le lot des jeunes femmes de Chine de partir à l’aventure, si loin. Mais qu’importe ! Elle brava le froid et les dangers, franchit les cols, traversa les fleuves au risque de la noyade, s’avança sans relâche vers le nord. Plus elle avait froid, plus elle pensait à Xiliang, en serrant le manteau fort contre son corps. Partout en Chine ne régnait que misère et désolation les soldats de l’empereur avaient enlevé tous les jeunes hommes et on ne voyait plus que des vieux désœuvrés, inaptes à travailler aux champs que la ronce envahissait. On ne voyait plus que des femmes en pleurs et des enfants affamés…..
Enfin, Meng Jiang parvint sur le chantier de la Muraille. Les hommes qui y travaillaient étaient maigres comme des fantômes, tous étaient tristes, portaient des charges énormes et accomplissaient leur travail dociles et soumis comme des bêtes de somme privées de leur âme… Meng Jiang demanda mille fois où se trouvait son mari, sans que personne ne fût en mesure de lui donner la réponse. Jusqu’au jour où un vieil homme lui dit : " Hélas, votre mari est mort maintenant !… "
Meng Jiang fondit en larmes et demanda à voir le corps de Xiliang. On lui répondit que les ouvriers morts sur le chantier n’avaient pas de sépulture, qu’ils étaient enterrés directement dans le terrassement de la muraille, constituant ainsi un gigantesque et sinueux tombeau. Meng Jian, hurlant de douleur et de rage se mit à griffer furieusement le torchis de la muraille, jusqu’à ce que ses dix doigts furent tous ensanglantés, maculant le mur des gouttes de ce sang amoureux. On dit qu’aujourd’hui encore, on peut voir ces taches rouges…. Finalement, lasse et effondrée, elle pleura tant et tant que le ciel, compatissant, s’emporta dans une tempête telle que la muraille s’effondra sur plusieurs Li.
La nouvelle de cette jeune femme qui pouvait pleurer si fort que le muraille en fut détruite sur des dizaines de Li parvint vite aux oreilles de l’empereur Qin shihuangdi. Celui-ci se fit escorter sur le chantier et se présenta devant Meng Jiang. Il fut subjugué par la beauté de la jeune fille, encore plus que par son pouvoir surhumain. Lui qui avait mille femmes dans son gynécée avoua lui-même qu’aucune ne valait en grâce ni en beauté la belle Meng Jiang. Le terrible empereur en vint même à se prosterner devant la jeune fille et la supplia de devenir son épouse.
Meng Jiang dit alors qu’elle y consentirait volontiers si toutefois l’empereur lui accordait trois faveurs. D’abord outré par tant d’exigences, ce dernier, tout fasciné par la jeune femme et trop avide, lui promis d’écouter soigneusement chacune de ses volontés.
" D’abord, dit Meng Jiang, que le corps de mon défunt époux soit nettoyé, embaumé et retourné à sa famille pour être dignement enterré et qu’il soit pratiqué le culte des ancêtres. " L’empereur trouva cette demande bien naturelle et y consentit sans hésiter.
" Ensuite, continua Meng Jiang, que tous ces malheureux privés de leurs familles soient libérés et puissent retourner dans leur village pour y fêter dignement et dans la joie les fêtes de nouvel an ! " L’empereur grommela quelque peu mais, toujours aussi charmé, accepta cette requête et fit libérer tous les ouvriers.
" Et ensuite ? Quelle est ta troisième requête, belle Meng Jiang ? " questionna le fébrile empereur.
" Je voudrais simplement que votre majesté m’emmène faire un tour en mer sur son navire. Au retour, je vous épouserai ! " déclara Meng Jiang. Trop heureux que cette dernière exigence soit si simple à accorder et aboutisse aux épousailles tant convoitées, l’empereur ordonna aussitôt que son navire fût affrété dans les meilleurs délais.
Ne se sentant plus de joie, Qin shihuangdi donna l’ordre à son amiral d’appareiller, et le navire gagna vite la haute mer. L’empereur goûtait moins le vent sur son visage que la promesse du retour avec les noces tant convoitées…. Meng jiang, restait silencieuse à ses côtés tandis que le navire voguait vers l’horizon…
Meng Jiang se leva brusquement, courut jusqu’au bastingage et se jeta dans les flots pour s'y noyer...
LES SYMBOLES DANS LA LEGENDE DE MENG JIANG
 
 
La légende de Meng Jiang est pleine des symboles très riches relatifs à l’essence même de la culture chinoise.
LA PIE
Il y a cette pie qui apporte la graine. La pie, comme le loriot, c’est ce qui vient du ciel et que l’on a pas prévu, c’est l’image du hasard, c’est à dire l’image du PRESENT : ce qui vient se poser maintenant devant moi, qui masque mon passé. La pie réinvente notre vie, comme le présent réinvente notre vie. Sans le présent, nous serions nus : le présent, c’est l’étoffe qui nous couvre et qui dit quelque chose d’autre sur nous. Le présent est plein de promesses. La pie dit quelque chose d’autre sur le monde, sur nos vies, elle dit ce qui survient maintenant. La pie descend sur le sol comme de la neige, maintenant, silencieuse, bienveillante. Elle masque la pesanteur du passé accumulé. La pie ne passe pas un temps fou dans notre jardin ou au bord de notre fenêtre : le présent est éphémère, il est furtif, insaisissable… Le présent c’est comme le look que vous pouvez avoir : cette étoffe éphémère qui se dépose sur ce passé dont vous ne voulez pas forcément, en tous cas, dont vous vous défendez d’y être réduit(e)s.
LA GRAINE
Toute la pensée chinoise, pas seulement taoïste, est tendue par la recherche d’une unité perdue, ce qu’on appelle une hiérogamie. Et la graine, elle, contient tout. Dedans, tout est fusionné, il y a tout ce qui peut advenir. C’est un chaos intérieur, doux et silencieux. C’est la graine dont les Troncs Célestes racontent l’histoire. Il y a des mots en chinois classique qui sont dissyllabiques (ce qui est rare) mais dont le sens est " fusionnel " et dont les prononciations sont assez proches, comme un écho, comme deux sons qui sont l’image de l’harmonie, l’euphonie, l’eulalie, ce mouvement vers la fusion. Il y a bien deux caractères, mais ils sont à l’image de ce que disait Mozart " Je cherche deux notes qui s’aiment " Il y a deux caractères, mais ils sont tendus vers la fusion, séparés par les apparences mais fondus à l’origine et qui sont animés d’un mouvement de retour : par exemple 恍惚 huang hu qui signifie " flou, vague, indifférencié, insaisissable ". Dans le Laozi, il est dit que la Voie (Dao) est ainsi huanghu. Il y a aussi les monts Kunlun, à l’ouest de la Chine : deux sons assez proches, qui signifient le même " état originel " : en bas des Kunlun, il y a la Chine qui est le monde manifesté et organisé, et de l’autre côté le plateau tibétain, désert, chaotique, sauvage : l’état originel du monde… Il y a aussi 混沌 hundun, le chaos originel, l’instant où la terre s’est séparée du ciel, l’innocence de l’enfant qui vient de naître… Ce mot est homophone avec 馄饨 huntun, une sorte de ravioli servis dans du bouillon : le ravioli étant l’image de la graine, une sphère, une enveloppe qui garde le secret du chaos originel encore une fois, représenté par la farce du ravioli, ce mélange indistinct et flou d’éléments animaux et végétaux ainsi fusionnés.

LA CALEBASSE
C’est pareil pour " calebasse " : 葫芦 hutu en chinois, même thème de la forme embryonnaire totale et complète (j’en reparlerai) et même euphonie. Ce sont des sons, hu, tu, huang, hu, kun, lun, hong, meng (voir plus bas) qui font gonfler la bouche du souffle céleste, et la refermer comme une sphère, comme une graine, comme un ravioli…


MENG ET JIANG (et le choix de Sophie).
 
On ne peut couper la petite fille en deux : elle est pleine et entière, bien sûr. Les deux familles, jadis rivales fusionnent donc en seul nom, une seule fille, un seul amour, une seule famille. Couper en deux… Ceci évoque la terrible histoire du Choix de Sophie : " Le Choix de Sophie " est un film de Alan J. Pakula avec Meryl Streep tiré d’un roman biographique. Il raconte l’histoire authentique de Sophie x (je ne sais plus son nom ) C’était une jeune et très belle femme, polonaise je crois, qui avait entre 25 et 30 ans au début des années 40. Elle était mariée et avait deux enfants. Malheureusement pour elle en ces temps obscurs, elle était juive. Elle a été arrêtée par les nazis et déportée avec toute sa famille. Elle a été séparée de son mari qu’elle n’a jamais revu. A son arrivée à Auschwitz, elle faisait la queue avec ses deux enfants, parmi les milliers d’autres déportés et un officier SS s’est approché d’elle et lui a dit quelque chose comme : " Dis donc, toi ! T’es super belle ! Non ! Non ! Ne baisse pas la tête ! T’es vraiment très belle ! Quel dommage que tu sois juive ! Quel gâchis ! Mais tu sais, tu as de l’avenir toi, c’est pas comme les autres : notre chef de camp aime beaucoup les jolies femmes : on te mettra à son service ! Et puis je vais te faire une faveur… Tu sais que le Christ a dit " laissez venir à moi les petits enfants "… nous y travaillons justement (nb : vous avez compris que ce salaud parle du gazage systématique des enfants dès leur arrivée au camp !) Et bien, toi, tu peux en garder un ! Tu choisis lequel et tu pourras le garder. Si tu ne te décides pas, dommage, ils seront tous les deux renvoyés au christ… " Voilà " le choix " qui s’est offert à Sophie !
A votre avis, quel fut le choix de Sophie ? ! ? Elle n’a pas choisi, évidemment, et ses deux enfants ont été gazés… C’est une mère fusionnelle avec ses enfants, elle ne peut les séparer, ni s’en séparer en en choisissant l’un contre l’autre : quelle culpabilité aurait été celle du " survivant " et peut-on imaginer ce qu’aurait ressenti l’autre, celui qui aurait été emmené seul à la chambre à gaz ?
Sophie a survécu… Elle s’est mariée avec un G.I., a émigré aux Etats-Unis. Dans les années 50, elle a mis fin à ses jours… comme Mengjiang…


MENG JIANG
Meng () est homophone avec meng (hongmeng de meng :鸿蒙) qui désigne aussi l’état originel du monde, cette enfance de l’univers. Et est également homophone avec meng : le Rêve. Le rêve est aussi un état de fusion et de communion parfaite. Dans un rêve je suis dans toi, tu es dans moi, je suis toi, tu es moi, c’est flou, c’est bizarre, c’est beau. C’est une sorte de délicieux ravioli de l’âme, que l’on déguste par le cœur et nos désirs, avec notre innocence. Le rêve, selon un certain neurobiologiste, est une " reprogrammation " de l’âme contre les brutalités sociales qui nous coupent en " morceaux " casés dans le puzzle productif, c’est un retour à notre pureté idéale de nos années d’enfance et de jeunesse…


MENG JIANG N’A JAMAIS VU SON MARI
 
Quand son futur mari fit irruption dans le jardin, il faisait nuit : elle ne voyait pas son visage. Dans le Laozi, on lit : 视之而不见名曰夷 (shi zhi er bu jian ming yue yi : regarder-lui-mais-pas-voir-nommer-dire-yi : ce que l’on regarde mais que l’on ne peut voir, on le nomme Yi) Le xiyi 希夷… est synonyme avec tous les autres mots dissyllabiques que nous venons de voir….L’état originel et fusionnel du monde. En fait, ce soir, là, Mengjiang était d’une certaine façon, encore dans la calebasse, dans l’œuf, dans l’eau originelle, elle avait en elle toute la nuit de l’univers étoilé, la nuit du ventre, où l’on entend déjà la musique et les sons des voix qui sont encore voix et non pas encore raison. Comme le petit prince de Saint-Exupéry, elle a vu l’essentiel " qui est invisible pour les yeux "…


LE SUICIDE DE MENG JIANG
 
Le suicide de Meng jiang, c’est son retour au ventre (la mer), à l’indifférencié, à la fusion avec son mari. Dans le Laozi, on lit : " Peux-tu ouvrir et fermer les battants du ciel en jouant le rôle féminin ? " (trad : F.Houang et P.Leyris)… Et plutôt que de devenir la " moitié " de l’empereur détestable Qinshi huangdi, elle préfère retourner dans l’unité avec ceux qu’elle aime, refermer le battant du ciel…

FOR MATHIAS

le 18/01/2009 à 11h27

Shanghai, sur le "Bund", face au quartier Pudong, avril 2008, ph.bsf


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